Vendredi 25 juillet 2014 5 25 /07 /Juil /2014 06:18

 

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Après un an de pause, je remets officiellement en service Hendiadyn, petit blog littéraire qui ne demande qu'à être lu, critiqué, commenté par les passionnés de littérature d'hier et d'aujourd'hui.

 

Je me permets donc un petit point personnel sur l'année qui s'est écoulée après ma dernière note dans ce blog.

Ce fut donc l'année des concours, et donc l'année de l'extrême limite. Un point de rupture a été atteint, après six années de bons et loyaux services post-bac. Une année de rencontres, de surprises, de déceptions, de remise en question surtout. Un été paradoxalement sombre vient couronner ces mois compliqués, mais me permet d'en tirer des enseignements qui me feront vieillir plus vite. Faire des tris drastiques. Reprendre les choses autrement. Je n'en suis pas fâchée, plutôt soulagée. Cette année l'aliénation m'a rattrapée, et je me suis éloignée de ce qui m'avait amenée ici. Je n'ai pratiquement pas lu, et je le regrette beaucoup, car j'ai perdu en cours d'année l'envie le lire, le souffle de l'écriture, l'absolue fascination du mot juste, au bon moment, ainsi que la vertu carthatique du fragment, de l'histoire sans conséquences, qui permet de ne pas sombrer dans la folie. 

 

Académiquement, je choisis de m'orienter vers les langues étrangères et l'enseignement à l'étranger, mais c'est une autre histoire.

Littérairement, je retiendrai de mes quelques années passées dans le supérieur trois rencontres d'auteurs, essentiellement, qui ont eu lieu principalement grâce à Laurent Demanze, professeur émérite de littérature française à l'ENS de Lyon, qui mérite tout le respect et l'admiration pour son implication et son travail permanent à nos côtés : Vincent Delecroix (auteur notamment de l'excellent Ce qui est perdu), Tanguy Viel (Paris-Brest, Cinéma) mais surtout Pascal Quignard, qui est, et restera, ma dernière rencontre littéraire essentielle et indélébile. 

 

Viel, lors d'une rencontre privilégiée durant un atelier de lectures et d'écritures contemporaines, nous a parlé avec enthousiasme et lucidité de son travail d'écrivain. De sa collaboration avec Minuit, de ses difficultés à parvenir à la publication, de ses relations avec le monde littéraire, et surtout, de son rapport à l'académisme. Lors du dialogue que nous avons eu avec lui sur ces sujets, il avouait faire une stricte séparation entre l'écriture et l'enseignement, qu'il a résumé en ce petit aphorisme modeste :

 

"On ne peut pas être juge et parti.

J'ai choisi d'être un parti, j'ai choisi d'être écrivain."

 

 

Viel a raison. Et comme lui, je choisis d'être écrivain.

 

Après les Veuves Blanches donc, toujours disponible aux Editions du Net, une nouvelle écriture, légèrement plus ancrée dans la réalité et l'Histoire, mais toujours aussi psychique et intimiste, a pris place depuis quelques semaines, et un manuscrit naîtra, comme souvent, de quelques nuits sans sommeil.

 

Je reprends donc mes notes sur les ouvrages rencontrés en librairies, par hasard ou non, et vous invite à me conseiller des livres, des auteurs, des expériences littéraires. N'hésitez pas à me contacter par le biais du formulaire à droite, ou par commentaires.

 

 

Merci aux lecteurs et lectrices qui, malgré le silence, sont toujours venus vérifier si, dans un sursaut, je ne m'étais pas réveillée. :)

 

 

 

Par hendiadyn - Publié dans : Tâches d'encre
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Dimanche 27 octobre 2013 7 27 /10 /Oct /2013 18:41

 

 

JOUR IMPORTANT : LE 24 OCTOBRE SIGNE LA SORTIE DES VEUVES BLANCHES :)

 

 

les-veuves-blanches-celia-m-grzegorska.jpg Après avoir pris quelques temps pour finaliser ce manuscrit (je reprendrai les critiques très bientôt, promis !) et grâce à l'opportunité offerte par la Journée du Manuscrit et les Editions du Net, vous pouvez vous procurer ledit livre en cliquant ICI.

 

(vous pourrez par la suite le commander sur Amazon, Fnac et Chapitre, mais c'est mieux de le commander sur les Editions du Net si vous soutenez les petits éditeurs :))

 

Résumé : Quatre voix s'élèvent au milieu du silence du domaine. Quatre voix hantées par les différents affres du corps et du cœur, livrent à partir du lieu clos de leur chambre les déferlements de leurs pensées, qu'il s'agisse du cauchemar, de l'amour agonisant, de la mort en sommeil ou de la volonté de se plonger dans les ténèbres de l'oubli. Les veuves blanches se moquent et dirigent les espoirs ainsi que les illusions de celles qui s'éveillent dans l'interstice de l'aube, là où la mémoire est incomplète, là où les sensations fourmillent, entre l'indicible et le trop furieusement intime.

 

Pour ceux qui m'ont demandé plus d'explications, voilà celle que j'ai donné et qui dévoile un peu plus sur le contenu du livre : il y a quatre personnages, quatre voix féminines qui s'avèrent être reliées par des liens de sang (deux filles, leur mère, et une petite fille). Il y a donc quatre visions de la vie, une fois la nuit venue. Le livre décrit plusieurs situations : la grand-mère est sur le point de mourir, et donc chaque plongée dans le sommeil peut-être synonyme de sa dernière nuit, l'une des soeurs combat une rupture qu'elle ne veut pas accepter et représente plutôt un caractère très mélancolique, l'autre soeur est mariée et mère de la petite fille qui parle. La deuxième soeur semble heureuse en ménage mais est tourmentée par la peur constante de la perte de son mari et par ses anciens amants. Quant à la petite fille, elle propose un point de vue plus charmant, plus enfantin de la vie au domaine qui va être bouleversé par la mort de la grand-mère. Chacune réagit différemment à la perte, à l'enterrement, et au reste ... A vous de voir la suite.

 

Merci à La Cause littéraire, à François Bon et au site Nerval.fr, et à l'adorable lettre de Bertrand Visage des éditions du Seuil pour m'avoir encouragée à continuer dans cette écriture particulière, qui j'espère vous plaira ... en attendant le prochain !

 

Voilà, passez donc par ici, si cela vous intéresse :)

 


Par hendiadyn - Publié dans : Tâches d'encre
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Mardi 9 juillet 2013 2 09 /07 /Juil /2013 14:52

 

la-baie-vitree-sebastien-brebel-9782818018941.gif (…) et lorsque je t'écoute ta voix semble jeter des lueurs soufrées sur mes mains, tes agissements sont obscurs et ta nudité m'effraie, tes manières sont médiévales et ton visage est une énigme que je ne me lasse pas de scruter, j'ai parfois honte de te regarder tellement je te désire et lorsque tu me repousser j'éprouve un sentiment de terreur sacrée (…) « Contradiction » p.7

 

 

La première nouvelle « Contradiction » est d'une intensité telle qu'il est impossible de ne pas s'y reprendre à deux fois avant d'être certain de n'avoir rien manqué dans tant que de richesse et de renversement. Par son caractère court et sa bidimensionnalité, « Contradiction » parvient à attendrir et à malmener à la fois son lecteur, avant de le plonger dans l'étonnement de la nouvelle à chute. Un très belle réussite à en début d'oeuvre pour la Baie vitrée.

 

Malheureusement, au fil des nouvelles, le filon devient plus faible et s'étiole doucement. La langue est sans aucun doute, belle, souvent pleine de surprises et de formules inattendues qui forment des images intéressantes et menant à la réflexion, cependant, alliée à l'anonymat féminin ou masculin durant ces treize nouvelles, elle ne parvient pas à toucher autant qu'elle le devrait. En effet, ces différentes histoires ne sont gouvernées que par des pronoms (elle et il) et désignent à chaque fois, à force d'énumérations, d'accumulations de caractéristiques, le portrait d'un esprit ou d'un cœur, puis, parfois, la relation entre ces deux anonymes, couples souvent improbables. (l'homme perdu, la prostituée, l'écrivain, l'endeuillée, la malade)

 

Si l'on se prend, au début, au jeu de dessiner en esprit ces visages mélancoliques et souvent douloureux, l'exercice devient de plus en plus difficile au fil de la lecture. En effet, la construction réitérée, qui reprend toujours le même schéma (Elle est …, elle est …) en arrive à perdre le lecteur dans le portrait, et les caractères se mélangent au fil des nouvelles. L'utilisation trop récurrente du conditionnel et du futur projette ces désirs dans une temporalité trop irréelle pour être comprise sans autre indice que celui d'une écriture si étrange. Peut-être faudrait-il en lire une à la fois afin de profiter pleinement du mystère de chacune de ces voix sans nom ?

Par hendiadyn - Publié dans : Caractères de notre siècle
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Dimanche 7 juillet 2013 7 07 /07 /Juil /2013 13:50

 

 

 

9782081289406_4_75.jpgAprès la furie médiatique, j'obtiens une édition du fameux prix de Sade (refusé). Les 80 pages de l'édition de proche enchaînent les scènes de sexe entre un père et sa fille, qui, au delà de toutes les demandes sordides qu'il lui fait, lui promet de ne pas la déflorer « officiellement » pour laisser ça à son premier amant. Quel délicatesse.

 

L'action se résume aux scènes de sexe, à quelques escapades ratées au restaurant et à des visites de ruines. Les dialogues sont absents, mis à part une exception en fin d'ouvrage, qui n'a pas besoin d'être notée. Les seules paroles autorisées dans cet ouvrage sont les paroles que le père tient à faire répéter à sa fille (« Dis le, « C'est bon papa »). Sur le plan stylistique, peu d'audace ou de virtuosité, juste l'expression féroce du détail, où l'on touche clairement non à l'exhaustivité, mais au malsain.

 

On lit partout « roman choc » « percutant » « intense » ; non. Roman choquant par son thème, voilà tout. N'importe quel témoignage sur l'inceste est immonde. Seulement, en tant que romancière, C. Angot aurait pu en faire un objet bien plus abouti qu'une simple énumération où les seules trois jolies phrases sur la littérature ou le chandail tombé à terre se perdent au milieu des demandes sexuelles incessantes du père.

 

L'ouvrage est refermé. Non pas qu'il n'y ait pas d'émotion – j'en avais tellement entendu sur le sujet que rien ne m'a étonnée dans ce torrent de scènes décrites en détail – mais plutôt de la consternation, et surtout, de l'incompréhension. Pourquoi écrire un tel livre ? Premièrement, pourquoi le faire sachant qu'Angot a publié, il y a plus de dix ans, l'Inceste, qui relate les mêmes faits ? Deuxièment, pourquoi exposer tant d'horreurs au yeux d'un public littéraire qui oscille, lors de l'achat entre curiosité et voyeurisme ? Comment avoir l'audace d'appeler cela « roman », et non « témoignage » ? Car si l'ouvrage avait (et je garde le conditionnel, puisqu'ici les intentions de l'auteur m'échappent entièrement) une visée thérapeutique, pourquoi ne pas employer dès lors la première personne et inclure sur le sujet des réflexions personnelle, et une avancée du roman ?

 

Car, désespérément, Une semaine de vacances restent une photographie (ou une vidéo) de quelques jours entiers et viols et de visites touristiques tournant au viol. Tout cela raconté d'une façon extrêmement passive. Par passive, j'entends de manière presque exclusivement en focalisation externe, la jeune femme est marionnette, le spectacle commence et continue, le lecteur tourne les pages. Aucun moment de respiration, aucun moment d'arrêt (et peut-être pour signifier cette spirale incessante, qu'en sais-je, mais tout de même) et de réflexion sur l'inceste, sur l'indignation, la soumission, les sentiments de la jeune femme, du père, d'autres personnes. L'on se contente d'assister, et même l'auteur – car le temps a passé – ne semble pas souhaiter agir sur ce passé en en faisant le commentaire, le procès, ou l'exégèse. Pire, la scène de départ du père où la jeune femme le supplie de rester mériterait à elle seule un épilogue explicatif. Mais il n'en est rien. L'inceste est consommé, le lecteur l'accepte, l'auteur l'accepte, et rien n'arrive.

 

Alors pourquoi ? Comment critiquer un ouvrage « littéraire » qui n'en est finalement pas un ?

Par hendiadyn - Publié dans : Caractères de notre siècle
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Mardi 2 juillet 2013 2 02 /07 /Juil /2013 15:25

 

 

Chloy_Schmitt_1.jpg« Clarisse... Son nom sonnait déjà creux. Je l'avais aimée pourtant. Il y a longtemps. Voilà qu'elle avait foutu le cap en me laissant son nom. Il était encore lisse, enrobé de tendresse (les derniers mois, les dernières semaines, ça compte pas). La tristesse s'y accrochait pas, ça coulait, lisse. C'est pas ce qu'on emporte là-bas son nom, on emporte rien que ses emmerdes et un peu de souvenirs. Un nom, ça reste, vide, dans la bouche des autres, au fond, pas loin des molaires, on avale et puis ça disparaît. » Chloé Schmitt, Les affreux, Paris, Albin Michel, p. 99.

 

 

Les affreux : adjectif qui semble, au premier abord, ne concerner étrangement que le personnage principal. Alphonse, victime d'un AVC, se retrouve coincé dans son propre corps, avec pour seule échappatoire un bras et une main. De la bave en quantité. Et bien de l'amertume en bouche.A la manière d'une tragédie programmée, Chloé Schmitt fait croire jusqu'au bout que tout tournera nécessairement mal. Après quelques pages d'une vie quotidienne que l'on devine routinière et lassante, l'accident survient. Puis c'est l'enfermement. Le regard fixe du personnage fixe les mouvements des autres, les transforme, les digère dans la salive qui ne cesse de couler le long de ses joues et que Clarisse, sa femme, s'évertue à essuyer avec tendresse.

 

Deuxième acte de la tragédie : Clarisse perd son emploi, devient sujette aux TOC du ménage, ne cesse de balayer l'appartement, ses soucis, les sourires. Elle disparaît rapidement hors du regard impuissant d'un mari que l'on apprend adultère, et qui rêve au genou parfait de Lili (Pauline, son amante) alors que sa femme boîte en marchant jusqu'à l'échafaud. Elle se suicide peu après. Tombé de rideau.

 

L'acte trois se résume en un retour aux sources : Alphonse est confié à son frère qui profite allègrement d'Annabelle, une jeune étudiante en lettres anglaises qui se prend d'affection pour Alphonse. La seule qui ne répugne pas à toucher sa main libre et tremblante. Tentation d'une histoire d'amour : jalousie et tromperies du frère d'Alphonse qui se révèle chômeur et violent, le tableau final promet. Mais reste un peu d'espoir que je ne dévoilerai pas ici. Pas de miracle, juste une fin amèrement heureuse.

 

Les affreux est un roman qui porte bien son nom. Il dégouline d'aigreur : le personnage principal aurait souhaité une autre vie, avec une autre femme, et ne parvient que rarement à être reconnaissant. Le personnel médical, incisé jusque dans la moelle, n'est pas remercié, mais autopsié. La noirceur de l'ouvrage ne trouve que très peu de lumière, le fil rouge est plutôt d'un noir corbeau, et l'on a des difficultés à trouver réellement l'envie de continuer. Je m'attarderai plutôt sur le personnage d'Annabelle, mon préféré dans l'histoire, qui a rendu la fin du livre bien plus intéressant que prévu. La fraîcheur de la jeune femme, les pauses anglicistes, et le manège incessant de l'étudiante redonne à un livre souvent sclérosé un dynamisme non négligeable.

 

Déception sur la fin, inattendue certes mais trop abrupte, comme si elle avait été désignée comme voie de secours, faute de mieux. Globalement je n'ai pas été convaincue par Les affreux, qui, en partant d'un mutisme forcé, s'avérait être une bonne idée de départ. Alors sans doute, un livre « choquant » en ce qu'il est obscur et percutant par un vocabulaire mêlant le vulgaire et la désillusion. Cependant la trop grande acidité du personnage, d'une Clarisse trop esquissée (alors qu'Annabelle est pour sa part très réussie) ne m'ont pas réellement retenue entre les pages. La force aurait pu être distillée, elle n'en aurait été que plus convaincante. Ici, elle semble manquer sa cible.

 

 

(c) Image provenant de l'interview du site de Sciences Po Paris, article lisible ici.

Par hendiadyn - Publié dans : Caractères de notre siècle
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Le livre à venir

 

L'étrange cas du Dr Nesse, Luis Alfredo Garcia-Roza

 

Etrange

Qui ?

Pourquoi ?

Il a alors fallu décrire cet autre monde, entre les pages, derrière les caractères, esquissé à l'encre des souvenirs. J'étais là, à cet instant précis. Un coeur mort ravivé par ces écrits. Il est de ces passions qui ne se réfrènent pas, qui dévorent l'existence et l'esprit. J'écris depuis que j'en suis capable, les mots sont le poudroiement de mes joies comme l'élixir de mes douleurs. A travers les changements de vie, les pensées ondoyantes, les sursauts de l'âme, l'encre reste sous ma peau, derrière mes paupières, glisse entre mes doigts. Je n'estime pas une présentation comme forcément nécessaire : l'identité passe, s'esquisse ou s'envole. J'étudie la littérature et ses méandres, je m'y noie consciemment et en respire les souffles manqués. L'art dépeint mes jours, qu'il s'agisse des mots, des films, de mélodies, de photographies, de répliques ou de pas de danse.

Ces pages seront celles de critiques de livres contemporains, de citations plus ou moins anciennes, d'impressions éphémères ou de tribulations quotidiennes. Puisque les lettres ont remplacé mon coeur battant ; puisque l'encre, à elle seule, dit absolument tout, bienvenue ...

Vos contributions, questions, échanges, dialogues sont à la fois espérés et appréciés ! :) 

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