Pétronille - Amélie Nothomb (2014)

Publié le par hendiadyn

petronille-481726-250-400« J’ai regardé vers le lieu le plus noir et j’ai vu et entendu des bijoux. Leurs éclats multiples bruissants de pierres précieuses, d’or et d’argent. Une reptation serpentine les animait, ils n’appelaient pas les cous, les poignets et es doigts qu’ils auraient dû orner, ils se suffisaient à eux-mêmes et proclamaient l’absolu de leur luxe. A mesure qu’ils s’approchaient de moi, je sentais leur froid de métal. J’y puisais une jouissance de neige, j’aurais voulu pouvoir enfoncer mon visage en ce trésor glacé. » (p. 10)

 

L’intrigue de Pétronille : au cours d’une séance de dédicace, Amélie Nothomb / la narratrice rencontre enfin de visu l’une de ses correspondantes de papier, et choisit d’en faire sa compagne de beuverie. Hymnes conjoints à l’amitié étrange et à l’amour du champagne – et je maintiens l’hypallage possible. S’en suivent les aventures de Pétronille et Amélie, de Londres au réveillon neigeux et accidenté sous pluie de champagne, toujours.

Pétronille se modèle sur d’autres romans à qualités autofictives, comme Ni d’Eve ni d’Adam ou encore le Sabotage amoureux. Fondées sur des faits réels, la littérature permet de s’en écarter peu à peu pour en enjoliver les contours ou en gommer les défauts. Il m’a fallu attendre la fin du roman pour aller enquêter sur l’existence de Pétronille Fanto, qui s’apparenterait à une jeune écrivaine existante, mais est-ce bien important ?

 

Une fois encore, comme dans Une forme de vie, Amélie Nothomb semble vouloir puiser de plus en plus dans une réalité de personnalité littéraire plus que dans l’imagination pure pour écrire ses romans. Et qui pourrait l’en blâmer ? Rappelons-le, elle reste l’une des seules à lire tout son courrier et à y répondre manuellement, avec la régularité implacable d’une horloge du XIXe siècle. Ce mécanisme inébranlable se devait de réapparaître un jour dans les romans. Ces dernières années donc, beaucoup de citations quant à l’importance de ses lecteurs dans sa vie, d’informations quant à son rythme de vie (pour les néophytes : réveil vers 4h, thé noir sans sucre immonde – selon ses dires propres – puis inspirations fleuve qui donne naissance à plus de quatre romans dans l’année dont seul un est publié en août – celui que vous détenez entre vos mains.) qui peuvent sembler cocasses pour les nouveaux lecteurs, mais presque « déjà-vu » pour les inconditionnels de la romancière.

 

L’on retiendra cependant l’introduction du roman, cité en début d’article, ainsi que la très drôle excursion londonienne de Nothomb chez Vivienne Westwood. Pour ma part, j’ai adhéré totalement à la scène sordide de la roulette russe. Malheureusement, comme il est de mise ces dernières années pour les publications nothombiennes, les intrigues se font trop minces et l’écriture moins dense et mystérieuse. Reste une grande fluidité et une curiosité toujours générée par le renouvellement annuel du roman et cette capacité de Nothomb à happer le lecteur, non d’une façon inintéressante ou mécanique comme le feraient des auteurs accumulant les clichés, mais bien au contraire, d’une façon proche de la fascination, car nul ne saurait prévoir ce qui se prendra place à la prochaine page.

 

Toutefois, le détail récurrent qui gêne le plus étant cette fin trop courte, trop tragique, persistante : le meurtre de l’auteur. Mis en scène avec la roulette russe, il aurait été tout à fait intégrable et intégré au roman, à sa tonalité ambiguë, mais laissé seul ainsi, en un léger paragraphe … cela reste regrettable. Avec Barbe Bleue j’avais fortement l’espoir d’un retour à la fiction fantastique et meurtrière, mais cette veine s’est rapidement fanée. Nous attendrons encore l’année prochaine pour cela, sans aucun doute.

 

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Sébastien 29/09/2014 11:16

Je suis assez d'accord avec pas mal de choses que tu dis. J'ai trouvé, dans l'ensemble, Pétronille sympa à lire, drôle, un bon Nothomb, mais pas un Grand, et loin d'être inoubliable.
J'aime bien ce que tu dis sur sa façon de happer le lecteur par la fascination et le fait qu'on ne se doute pas de ce qui pourrait survenir à la page suivante.