De l'insomnie mêlée de littérature

Publié le par hendiadyn

 

09cauchemarInsomniaque fait partie du quintet de mots toujours utilisés pour me décrire. Non parce que la lumière du jour me déplaît. Non parce que la fatigue est absente. Bien au contraire, mes nuits sans sommeil m’épuisent réellement. En tant que synesthète et obsédée de la mémoire, la mort par les songes est vraiment l’une des choses que je chéris le plus ici-bas, mais qui est devenu de plus en plus rare ces dernières années.

 

Evidemment, s’il existe quelques poudres bienfaisantes et destructrices pour aider à l’endormissement rapide et sans douleur, cautionnées par la bienveillance du médecin traitant et des cernes languissantes, inutile d’espérer conduire une journée classique sans un flottement distant ou quelques hallucinations. Inenvisageable à long terme, donc.

 

Les solutions les plus évidentes n’aident pas. Qu’il s’agisse de lecture à la chandelle ou de berceuses sous forme d’écran, la vision est trop fortement impliquée pour ne pas permettre au cerveau d’échapper à un autre cycle de sommeil, et soudain, il est cinq heures du matin. Le noir total et la privation de tous sens n’est pas une alternative envisageable pour les fous selon Aristote (comprenez, ceux qui réfléchissent vraiment beaucoup trop) car l’obscurité et le silence engagent l’esprit à toutes les pensées les moins objectives et les plus mélancoliques possibles. Encore une fois, il est rapidement cinq heures du matin, ou de ces horaires qui promettent des aurores frustrées et épuisantes.

 

Voici donc une solution alternative : la littérature audio. Ricanent les adultes qui veulent ou Freudiens traumatisés par la comptine, mais l’on trouve d’excellentes choses, dans le commerce, ou encore plus rapidement et gratuitement sur Internet. Mon approvisionnement personnel et chronophage se fait sur litteratureaudio.com, qui thésaurise énormément de belles voix comme de beaux extraits ou livres entiers.

 

Mes préférences vont aux contes, au folkore, mais aussi aux nouvelles inconnues. Des choses courtes, sans éclats de voix ni musique, pour ne pas être réveillée par la suite. J’ai ainsi pu découvrir les contes burlesques et facétieux d’Armand Sylvestre, comme la verve fantastique d’Erckmann-Chatrian, que je recommande vivement au passage.

Si l’expérience vous tente, trouvez-vous un donneur de voix qui vous convienne, et parcourez ses lectures. En écoutant avec attention et en y ajoutant un zeste d’imagination, il est difficile de ne pas se concentrer assez pour ne pas épuiser les dernières barrières de l’esprit face au sommeil, et surtout, pour éviter toute question métaphysique insoluble engendrée par la nuit. Je ne crie pas au miracle, mais l'expérience en vaut la peine.

 

Je tiens donc à remercier chaleureusement mes donneurs et donneuses de voix favoris(tes) : Bernard, Cocotte et Orangeno, avec une mention spéciale pour cette première nouvelle, La lettre volée, d’Edgar Poe, qui m’a offert bien des nuits paisibles.

 

 

Référence picturale :

Le Cauchemar.
Johann Henrich Fussli. Huile sur toile. 1782. Francfort. Goethe Museum.

Publié dans Tâches d'encre

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