Noces de neige - Gaëlle Josse (2013)

Publié le par hendiadyn

Dans les rayons des librairies, ou des espaces culturels, se vantent souvent sous les titres et chiffres tapageurs des tops de ventes qui se veulent charmeurs, « inoubliable », « fascinant », diront les quatrième de couverture. Pourtant rares sont ces ouvrages, aussi célèbres qu’éphémères, qui correspondent à ces descriptions fabuleuses gravées dans leur dos. On préférerait voir scintiller, entre les rayons, sous les couches de papiers épais des éditions criardes, les petits livres comme celui dont je choisis de parler aujourd’hui.

 

Noces de neige, de Gaëlle Josse, est publié en 2013 aux éditions Autrement. J’en détiens une version poche, aussi courte qu’intense, mais qui vaut bien le nom de parenthèse littéraire. L’auteur y conte deux histoires en parallèle : celle d’Irina, notre contemporaine, russe désargentée cherchant le grand amour en ligne au bras d’un banquier presque anonyme, et celle d’Anna, jeune fille possédant une noblesse de nom mais une terrible ascendance scandaleuse dans la Russie de 1881.

 

Ces deux textes proches de la nouvelle forment un diptyque qui n’a rien de dissonant : non seulement parce que le lien entre les deux femmes se révèle en fin d’ouvrage, mais également parce que Gaëlle Josse y conte, dans deux espaces temps différent, les carcans sociaux et les mauvaises étoiles sous lesquels chacun peut naître. La lutte des deux jeunes femmes pour obtenir l’oubli dans un amour incertain éveille rapidement l’intérêt d’un lecteur soucieux d’équité et récompensé : les deux histoires sont toutes deux parfaitement dosées et maîtrisées, si bien qu’Irina et Anna font l’objet d’une curiosité égale. L’auteur parvient, en peu de mots, à enserrer des thèmes comme l’arnaque financière, la jalousie meurtrière, ou l’impossible fuite loin d’une laideur que tous reconnaissent.

 

Le diptyque fonctionne également sur le motif du voyage en train : si Irina fuit la Russie pour la France, Anna retourne en Russie avec Mathilde, sa gouvernante française et alter ego négatif avéré. Chacune entreprend un voyage plus métaphysique que purement géographique : c’est ce laps de temps infime que capte l’auteur entre cette petite centaine de pages, et il n’en aurait pas fallu plus. Le mot est juste, ni tranchant ni mielleux, simplement sobre et tombe où la plaie s’ouvre pendant la lecture. Contrairement à certains ouvrages qui se veulent nébuleux, Gaëlle Josse fait des Noces de neige une sphère parfaite où tout se clôt, où aucune question ne reste sans réponse. Ce fait est sans conteste l’une des forces de ces petits romans.

 

Enfin, si le style est plus juste que luxuriant, la beauté n’a pas déserté les lignes de cet ouvrage court. Les souvenirs violents évoqués par Irina contrastant avec son infatigable espoir d’idéal amoureux et l’histoire troublante d’Anna consolant sa furie offrent autant de tableaux imaginaires qu’une description poétique ou naturaliste. A lire lors de votre prochain voyage en train, pour découvrir ces deux portraits simples, mais captivants.

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