Journal d'un vampire en pyjama - Mathias Malzieu (2016)

Publié le par hendiadyn

Journal d'un vampire en pyjama - Mathias Malzieu (2016)

Pour ce retour sur le blog, je choisis l’un des livres de la rentrée littéraire 2016, et pas n’importe lequel. Sous son titre poético-cynique, Le journal d'un vampire en pyjama aurait pu être un journal posthume. Et lorsque l’on prend la mesure de cela en lisant les premières pages, croyez-moi, le frisson n’est jamais loin.

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Mathias Malzieu, lui-même, et non l’un de ses personnes, lors d’un tournage de clip pour l’album de Jack et la mécanique du cœur (adapté du roman qui lui correspond) se rend compte qu’il est anormalement affaibli, pâle, un squelette souriant et sautillant sur un plateau de tournage où personne ne voit autre chose que son énergie et sa détermination à atteindre l’un de ses rêves : la sortie du film susnommé. Il part en catimini, le lendemain, faire une prise de sang, juste au cas où. Et ainsi, doucement, il glisse, quelques pages plus loin, dans une bulle stérile pendant cinq semaines une fois le diagnostic posé : aplasie médullaire.

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« Cette étrange pâleur de roux qui s’exagérait, ces lèvres aux stries bleutées des promenades sous la neige même en plein soleil, cette sensation d’avoir une noisette à la place des poumons pour respirer […] c’était donc ça … » (p. 34)

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Un petit sac l’accompagne, comme ceux que l’on rend aux proches lorsque tout va trop vite. Dedans : un tshirt Superman, un skate-board, et surtout, le sourire de Rosy, son amoureuse. Malgré le nombre important de nymphfirmières à voix douce qui tentent de rassurer le vampire qui a besoin de constantes transfusions, une autre invitée de choix s’est emparée de la meilleure place dans le lit. Dame Oclès. La grande Fatalité même, toute en sensualité, susurrant des mots à la fois mielleux et cruels. Elle possède l’épée, l’auteur la plume. Le combat s’intensifie.

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Pendant des jours entiers, Mathias Malzieu raconte son quotidien, entre conditionnel et présent, luttant entre les deux vies qui se chevauchent dans sa tête. Le désir de rassurer ses proches, celui d’être père qui s’éloigne, les visages presque transparents derrière le papier rêche de l’hôpital.

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Malzieu contemple, du bord du gouffre, accoudé à un garde-fou capricieux, les vapeurs d’en bas. C’est le seul qui soit capable, réellement capable, d’imaginer et d’écrire qu’il s’agit d’une usine à guimauve ou à barbapapas et que finalement, ce ne serait pas si désagréable de visiter quelques temps. Cette possibilité incroyable de puiser en la poésie la capacité de ne pas sombrer entièrement est exacerbée dans Vampire en pyjama. Auparavant, d’aucuns aurait pu dire qu’il s’agissait d’une lubie étrange de ses personnages. Sauf que Mathias Malzieu les porte tous en lui. La maladresse de Cloudman lorsqu’il tombe de son lit après sa greffe, ou encore la clé magicienne qu’il veut confier à Rosy pour le guérir et le remonter tous les matins, comme Jack. Dans le monde blanc et vide de la chambre stérile, les droits sont infinis. Adopter un animal magique. Mettre ses comprimés dans des boîtes de Kinder. Faire vibrer son ukulélé en chuchotant. Donner des diplômes d’amourologie. Recevoir des baisers de rouges à lèvres sous cellophane.

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L’auteur ne met jamais de côté ses souffrances, ses craintes, sa colère, sa frustration. Le manque de son appartelier est puissant, celui de son fauteuil à créer bien plus encore. Malgré cela, le livre s’écrit, et il s’essouffle parfois comme son auteur, par de petits chapitres où seules quelques miettes d’espoir subsistent mais ne suffisent pas. J’ai perdu mon souffle avec l’auteur quand j’ai lu « Mort » en titre de chapitre, ou « Happy Funeral ». La poésie s’est va parfois avec le sérieux qui la rattrape, mais qu’importe, ce livre se lit comme une course contre le temps.

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La coïncidence a voulu que je lise ce livre moi-même malade (pour une chose bien moindre) et pourtant, la force contenue dans si peu de pages, dans un si petit carnet d’un si petit être était bien plus qu’émouvante. Si l’on adhère au style Malzieu, on souffre et on sourit avec lui, jusqu’à le laisser, presque à regret, glisser sur les trottoirs en skate-board pour retrouver tout ce qui fait de lui le farfadet poétique qui ne cesse de toucher par le biais de petits objets chimériques mordants, petits bouts de phrases cousus on ne sait comment … puis il renaît. Encore.

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Merci.

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PS : Filez écouter Hospital Blues, le petit joyau de la bulle du vampire.

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