La baie vitrée - Sébastien Brebel (2013)

Publié le par hendiadyn

 

la-baie-vitree-sebastien-brebel-9782818018941.gif(…) et lorsque je t'écoute ta voix semble jeter des lueurs soufrées sur mes mains, tes agissements sont obscurs et ta nudité m'effraie, tes manières sont médiévales et ton visage est une énigme que je ne me lasse pas de scruter, j'ai parfois honte de te regarder tellement je te désire et lorsque tu me repousser j'éprouve un sentiment de terreur sacrée (…) « Contradiction » p.7

 

 

La première nouvelle « Contradiction » est d'une intensité telle qu'il est impossible de ne pas s'y reprendre à deux fois avant d'être certain de n'avoir rien manqué dans tant que de richesse et de renversement. Par son caractère court et sa bidimensionnalité, « Contradiction » parvient à attendrir et à malmener à la fois son lecteur, avant de le plonger dans l'étonnement de la nouvelle à chute. Un très belle réussite à en début d'oeuvre pour la Baie vitrée.

 

Malheureusement, au fil des nouvelles, le filon devient plus faible et s'étiole doucement. La langue est sans aucun doute, belle, souvent pleine de surprises et de formules inattendues qui forment des images intéressantes et menant à la réflexion, cependant, alliée à l'anonymat féminin ou masculin durant ces treize nouvelles, elle ne parvient pas à toucher autant qu'elle le devrait. En effet, ces différentes histoires ne sont gouvernées que par des pronoms (elle et il) et désignent à chaque fois, à force d'énumérations, d'accumulations de caractéristiques, le portrait d'un esprit ou d'un cœur, puis, parfois, la relation entre ces deux anonymes, couples souvent improbables. (l'homme perdu, la prostituée, l'écrivain, l'endeuillée, la malade)

 

Si l'on se prend, au début, au jeu de dessiner en esprit ces visages mélancoliques et souvent douloureux, l'exercice devient de plus en plus difficile au fil de la lecture. En effet, la construction réitérée, qui reprend toujours le même schéma (Elle est …, elle est …) en arrive à perdre le lecteur dans le portrait, et les caractères se mélangent au fil des nouvelles. L'utilisation trop récurrente du conditionnel et du futur projette ces désirs dans une temporalité trop irréelle pour être comprise sans autre indice que celui d'une écriture si étrange. Peut-être faudrait-il en lire une à la fois afin de profiter pleinement du mystère de chacune de ces voix sans nom ?

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