Une semaine de vacances - Christine Angot (2012)

Publié le par hendiadyn

 

 

 

9782081289406_4_75.jpgAprès la furie médiatique, j'obtiens une édition du fameux prix de Sade (refusé). Les 80 pages de l'édition de proche enchaînent les scènes de sexe entre un père et sa fille, qui, au delà de toutes les demandes sordides qu'il lui fait, lui promet de ne pas la déflorer « officiellement » pour laisser ça à son premier amant. Quel délicatesse.

 

L'action se résume aux scènes de sexe, à quelques escapades ratées au restaurant et à des visites de ruines. Les dialogues sont absents, mis à part une exception en fin d'ouvrage, qui n'a pas besoin d'être notée. Les seules paroles autorisées dans cet ouvrage sont les paroles que le père tient à faire répéter à sa fille (« Dis le, « C'est bon papa »). Sur le plan stylistique, peu d'audace ou de virtuosité, juste l'expression féroce du détail, où l'on touche clairement non à l'exhaustivité, mais au malsain.

 

On lit partout « roman choc » « percutant » « intense » ; non. Roman choquant par son thème, voilà tout. N'importe quel témoignage sur l'inceste est immonde. Seulement, en tant que romancière, C. Angot aurait pu en faire un objet bien plus abouti qu'une simple énumération où les seules trois jolies phrases sur la littérature ou le chandail tombé à terre se perdent au milieu des demandes sexuelles incessantes du père.

 

L'ouvrage est refermé. Non pas qu'il n'y ait pas d'émotion – j'en avais tellement entendu sur le sujet que rien ne m'a étonnée dans ce torrent de scènes décrites en détail – mais plutôt de la consternation, et surtout, de l'incompréhension. Pourquoi écrire un tel livre ? Premièrement, pourquoi le faire sachant qu'Angot a publié, il y a plus de dix ans, l'Inceste, qui relate les mêmes faits ? Deuxièment, pourquoi exposer tant d'horreurs au yeux d'un public littéraire qui oscille, lors de l'achat entre curiosité et voyeurisme ? Comment avoir l'audace d'appeler cela « roman », et non « témoignage » ? Car si l'ouvrage avait (et je garde le conditionnel, puisqu'ici les intentions de l'auteur m'échappent entièrement) une visée thérapeutique, pourquoi ne pas employer dès lors la première personne et inclure sur le sujet des réflexions personnelle, et une avancée du roman ?

 

Car, désespérément, Une semaine de vacances restent une photographie (ou une vidéo) de quelques jours entiers et viols et de visites touristiques tournant au viol. Tout cela raconté d'une façon extrêmement passive. Par passive, j'entends de manière presque exclusivement en focalisation externe, la jeune femme est marionnette, le spectacle commence et continue, le lecteur tourne les pages. Aucun moment de respiration, aucun moment d'arrêt (et peut-être pour signifier cette spirale incessante, qu'en sais-je, mais tout de même) et de réflexion sur l'inceste, sur l'indignation, la soumission, les sentiments de la jeune femme, du père, d'autres personnes. L'on se contente d'assister, et même l'auteur – car le temps a passé – ne semble pas souhaiter agir sur ce passé en en faisant le commentaire, le procès, ou l'exégèse. Pire, la scène de départ du père où la jeune femme le supplie de rester mériterait à elle seule un épilogue explicatif. Mais il n'en est rien. L'inceste est consommé, le lecteur l'accepte, l'auteur l'accepte, et rien n'arrive.

 

Alors pourquoi ? Comment critiquer un ouvrage « littéraire » qui n'en est finalement pas un ?

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