Métamorphose en bord de ciel - Mathias Malzieu (2011)

Publié le par hendiadyn

mathias_malzieu.jpgUn bruissement d’ailes. L’oiselle tire une longue bouffée de cigarette. Ses paupières ensevelissent ses pupilles, comme les rideaux à la fin d’un spectacle de marionnettes. Elle étend ses bras jusqu’au bout des doigts, plie ses genoux, cambre ses seins et repousse le sol de ses talons plus qu’iaguilles. Ses pieds graciles quittent le sol, ses ailes se déploient, balayant le nuage de fumée. Onctuosité absolue. Les étoiles se penchent pour la regarder et se cognent aux angles du bâtiment. (…) Ses yeux de comète papiloonent. Je retiens mon souffle, de peur que le rêve auquel j’assiste s’évanouisse. La femmoiselle semble blottie au cœur d’elle-même, fragile comme une flûte de cristal psée sur un tremblement de terre. (Editions Flammarion, Collector, p74)

 

                Dernier né de l’esprit onirique de Mathias Malzieu (écrivain mais également chanteur du groupe Dionysos) Métamorphose en bord de ciel est avant tout la merveilleuse union de l’écriture et du dessin (notamment Benjamin Lacombe et Nicoletta Ceccoli, Adolie Day, Anne-Marie Hugot)

 

En suivant le fil de l’existence de Tom « Hématome » Cloudman, surnommé le plus mauvais cascadeur du monde, Mathias Malzieu réussit une fois encore à associer la douceur et l’amertume en défascinant provisoirement le mythe de Peter Pan. Le héros, enclin à de nombreuses « crises de ciel » multiplie les spectacles où invariablement, son corps s’épuise en chutes et en fracas. Affaibli, puis tristement célèbre après une dernière chute presque fatale, Cloudman trouve son dernier refuge à l’hôpital abrégeant ses espoirs par la découverte d’un cancer. La « Betterave » dont il finira par rencontrer l’allégorie lors d’un songe sous morphine engage une lutte sans fin contre le rêveur.

 

Face à une réalité enfoncée dans la tragédie, Mathias Malzieu place un monde supérieur et chimérique au dessus des chambres d’hôpital : une volière cousue de songes écarlates et de plumes rouges, gouvernée par une femme oiselle, parfaite incarnation féminine d’un Méphistophélès amoureux. Afin d’être sauvé du cancer qui le ronge, Cloudman conclut un pacte dont la condition finale est l’envol dont il avait rêvé durant sa vie humaine : la métamorphose totale en oiseau.

 

Mêlant durant tout l’ouvrage un onirisme digne des contes de fée les plus imaginatifs, accompagné dans la version limitée d’une vingtaine d’œuvres d’artistes illustrant parfaitement les personnages,  à un fatalisme latent conduisant à une mort inévitable, qu’elle soit humaine ou animale, l’auteur fait de Métamorphose en bord de ciel un compte à rebours intriguant, du songe éveillé à la mélancolie de la réalité ; si bien qu’il est diffici1849162399.jpgle d’arrêter le temps de la lecture, si proche du temps de l’histoire.

 

De fait le lecteur amateur d’autres mondes est facilement happé par le mélange de dialogue, de poésie et de personnages jamais communs (l’enfant lune, l’oiselle, les rouges gorges de secours) créant au cours de la lecture un cosmos à part entière à l’intérieur de nos yeux mi-clos. En alternant les images et les points de vue, mais surtout les métaphores filées et filantes, l’écriture de Mathias Malzieu reste un point aveugle dans un  quelconque classement littéraire, renouvellant le merveilleux et le magique toujours marqué d’une lucidité pour le moins acide, donnant un relief douloureux mais exceptionnel à ce genre pour le moins fascinant. Entre le conte cruel et l’histoire pour enfant, Métamorphose en bord de ciel ne prétend pas nous élever, juste pointer l’ailleurs. On se prend d’ailleurs facilement à rêver d’une transposition cinématographique à la Burton pour fixer l’éphémère de la métamorpho se, juste un peu plus longtemps. Peut-être.

 

Note :  Cet ouvrage a été l'occasion de (re)découvrir le dessin somptueux de Benjamin Lacombe (il avait notamment déjà illustré les Contes Macabres d'Edgar Poe) et son site officiel, l'Herbier des Fées, tout à fait extraordinaire.

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