Matins Bleus - Jean-Marie Laclavetine (2004)

Publié le par hendiadyn

matins-bleus couvJadis en compétition pour le Prix Renaudot, ces aubes couleur saphir méritent un éclat particulier. En trois cent pages, Laclevetine dévoile le scintillement d’existences à la fois uniques et anonymes, dans le lieu privilégié des passeurs de rêves qu’est la gare.

 Nous sommes le 19 mai. Plusieurs personnages principaux se partagent l’affiche. Un couple d’acteurs déchus. Un poète inconnu au téléphone. Anita, derrière son kiosque. Ange, le peintre de la verrière. A travers la course inévitable de l’horloge de la gare, le narrateur nous offre des zestes de vie, des caractères, des façons d’être ou de parler, dans une valse étourdissante de monologues intérieurs et de discours indirects qui troublent, émeuvent, révulsent. Quinze destins s’entrechoquent ou se frôlent, par un étrange hasard, entrecoupé des gros titres des magazines du jour. Le fil conducteur reste une histoire assez banale : un père endetté par le poker, une fille en fugue, les ennuis qui commencent. En réalité le roman dévoile bien plus que le vertige déroutant créé par ce mélange des genres et des pensées, parfois déplaisant par sa multitude : il met également en lumière la condition d’auteur et les abymes de la narration jusqu’au dénouement final, inattendu. En somme, des matins aux nuances nostalgiques, délicates, parfois cruelles. Une « pâte humaine (…)  un petit monde portatif d’émotion et d’histoire » qui se résout par l’explosion, en même temps que toutes nos certitudes sur les romans de gare. A lire en empathie et légèreté.  

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