Les Merveilles - Claire Castillon (2012)

Publié le par hendiadyn

les-merveilles.jpg« La lumière sur Lulu le teintait bleu fantôme. Eclairés dans la nuit, on était pour les gens du ciel un dessin animé joyeux et mystérieux. Il fallait avoir des yeux de loupe pour distinguer dans la fille la poésie brisée, l’amour perdu, la peur des hommes maintenant, et un cœur de chien, pour comprendre le battement ininterrompu des tempes de la fille, l’envie de porter les mains à son front, mais la feur, si elle le faisait, d’ébrécher le haut de son corps et de perdre ce vase qui lui sert de crâne, avec l’eau qu’il contient, les pierres, les coquillages et les poissons. »  Les Merveilles, Editions Grasset, page 82
Connaître quelque peu Claire Castillon fait du titre de l’ouvrage, les Merveilles, une perle d’ironie à même la couverture, ironie qui s’enfle de tristesse à la lecture des toutes premières pages. Quelques lignes et déjà trois drames, de quoi dissuader n’importe quel cœur tendre. Evelyne, douze ans, bloquée dans la routine de la pauvreté et de l’engrenage familial, voit basculer son existence un premier mai. Le seul reste d’humanité auquel elle s’accroche, en la personne de son chien Lulu, est mutilé gravement par son père au milieu des voisins hilares. Torture et amputations. Ellipses : Evelyne passe maîtresse d’une narration acide et vengeresse.
Les cloches sonnent. Autrefois, chez Claire Castillon, il s’agissait d’une mouche qui s’agitait dans la tête d’une jeune femme enceinte – dans ce pays, les tintements annoncent la folie sans préambule : Evelyne saisit le marteau, frappe, punit, paralyse sa mère. Horrifie son frère. Et surtout, fantasme sur le meurtre de son père.
Seulement, si le début de l’ouvrage (à savoir l’adolescence d’Evelyne) est aussi malsaine que bien assenée au lecteur, sa vie d’escort-girl, plus ne semble qu’effleurée et surtout, empoisonnée par Daniel, l’intellectuel fétichiste et surtout au Quotient Emotionnel équivalent à celui d’une chaise.   Puisqu’Evelyne s’est mariée sans amour : où l’aurait-elle trouvée ? Luigi (son mari) et Ophélie (sa fille) ne représentent qu’un décor dans son existence mensongère, et Daniel ne peut la satisfaire qu’un temps, en lui donnant l’illusion d’exister malgré son métier où la chair est reine, jusqu’à l’agacement final, la dernière discussion à coup de poignards.
Evidemment, le style est toujours plus percutant : si les recueils de Claire Castillon dévoilent toujours un espoir sous l’horreur, la  rédemption ou le salut d’un amour brisé mais existant, ce n’est pas le cas des Merveilles. L’atmosphère de l’écriture, gangrénée d’avance par l’adolescence d’Evelyne, ne sort jamais du sordide. L’acidité de la narratrice, en aucun cas modulée par des pensées plus douces, finit par déranger l’avenir de la lecture.
Deux cents pages défilent assez rapidement, comme toujours la fluidité l’emporte sur le dégoût de l’écriture et de sa signification. Cependant sans lumière, les merveilles ne possèdent pas d’étincelles intérieures qui attireraient une seconde fois la lecture, qui reste au stade de mauvais souvenir et non de rêve en germe. Dérangeant.

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Ys 01/06/2012 15:53

De Claire Castillon, j'ai lu "Insecte", vraiment glauque sur les rapports mère-fille. Celui-ci a l'air dans la même veine, j'aime assez cette écriture froide.

hendiadyn 01/06/2012 19:15



Celui-ci est vraiment "pire" qu'insecte, plus glauque que froid, en fait ! Bonne lecture et merci d'être passé !