Le Pacte des Vierges - Vanessa Schneider (2011)

Publié le par hendiadyn

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        Vanessa Schneider, auteur de deux romans autobiographiques mais également journaliste, s’inspire d’un fait divers recensé aux Etats Unis en 2008, dans la commune de Gloucester (Massachussets) où le lycée de la ville compte soudainement entre ses murs 17 filles enceintes, toutes âgées de moins de seize ans. Après avoir provoqué la démission de l’infirmière et dévoilé l’impuissance de leurs parents face à la situation, les jeunes filles avouent avoir formulé un pacte afin de tomber enceintes en même temps.

 

Premièrement, brisons quelques illusions. Les filles ne sont pas vierges et de façon malheureuse, nous n’en apprenons pas autant sur ce pacte qu’on le souhaiterait en ouvrant ce livre.  A titre journalistique, sensations (non) garanties. L’ouvrage n’a rien d’un roman : il met en scène la transposition des conversations téléphoniques et visuelles d’une journaliste étrangère avec quatre jeunes filles enceintes. Lana, Cindy, Sue et Kylie, à elles quatre, forment la parole hétérogène de l’ouvrage en livrant chacune une parcelle de leur histoire et du pacte.

 

L’on retiendra également l’arrière plan social et quelque peu polémique à propos de l’Amérique d’aujourd’hui, entre familles religieuses à l’extrême et débâcles pour toucher des allocations, accompagnées d’une mère dépressive et sans emploi. Arrière-plan tenant beaucoup de place, doublé d’une intrigue juvénile, reprenant les topoï maint fois vus dans les séries : Lana, la meneuse, est à l’origine du pacte. A quinze ans, elle estime n’avoir besoin de rien d’autre.

 

Les quatre caractères s’esquissent de façon claire et fluide, étonnamment réaliste. Car si le Pacte des Vierges se lit incroyablement vite, c’est notamment grâce à ces quatre voix qui s’enchaînent sans relâche, se contredisent, se trahissent et constituent ensemble un mystère indicible. L’écriture, se donnant uniquement pour retransmission, n’a rien à (et ne veut) rien prouver, et pour cette raison elle parvient à fasciner. Empreint d’oralité, de fuites en avant et de réflexions adolescentes frôlant parfois l’infantile, il glisse sous les yeux et parvient à tenir en haleine malgré ses inégalités. L’engouement face à l’ouvrage peut également s’expliquer à cause du sensationnel qu’il promet, et qui pourtant, au fil des pages, s’estompe et s’annihile presque. Seuls des fragments persistent; aucune vérité n’est foncièrement dévoilée, non comme s’il n’y avait aucune, mais comme s’il manquait encore bien des chapitres et des amendements à ce pacte. Outre les allusions à des pratiques illégales et à un potentiel père commun à tous les enfants, aucune réponse n’est en réalité formulée, provoquant la déception lorsque le dernier mot s’essouffle. Mais la curiosité l'emporte toujours, et nous lisons, encore.

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