Le mec de la tombe d'à côté - Katarina Mazetti (2006)

Publié le par hendiadyn

9782742771905.jpgPourquoi lui ?

 

Pour le titre, délicieusement extravagant, où on s’attend à une chronique d’outre-tombe teintée d’une amusante trivialité. Pour sa désinvolture, mais aussi pour la photographie de la première de couverture, un nouveau décalage entre une robe vintage et un énorme cœur au mauvais endroit – écho au côté niais, il faut l’avouer, du résumé au dos du livre, faisant appel aux fausses blasées en quête de catharsis malsaine. Bref, les apparences dévoilent un ouvrage oxymorique et intriguant. Ou bien, une opération marketing particulièrement bien menée ; sans oublier qu’il est impossible de ne pas mentionner le côté exotique du roman suédois, à la fois pittoresque et attirant.

 

Et ensuite ?

 

Ensuite notre lecture est partagée en deux points de vue diamétralement opposés, comme promis. De l’un, Désirée, secrètement complexée par son prénom et totalement accro aux haïkus suédois sans sens profond et aux bonnets beige. De l’autre, Benny, stéréotype du fermier vieux garçon auquel il manque quelques doigts empruntés au passage par une machine, éreinté par la vie comme par sa solitude. Leur point commun ? Ils ont tous les deux perdus un proche et partage un voisinage de cimetière. Assez original. Leurs premiers dialogues s’esquissent dans des silences de mépris, le premier anniversaire dans une joie de « vacances d’été ». C’est bien entendu, pour ceux qui n’auraient pas encore saisi, une histoire d’amour. Cependant on pressent malheureusement, dès les vingt premières pages, toute la ligne directrice du roman. La passion dévorante, le choc des cultures, l’impossibilité finale malgré les tentatives amoureusement vaines des héros. Une scène des milliers de fois rejouées, sur le fond doux-amer du deuil. Une lueur d’espoir cependant, à l’hémistiche de l’ouvrage : l’apparition d’Inez, secrétaire discrète en arrêt maladie. Sa fonction : essayer les vies des autres, leurs choix, leurs goûts, leurs déceptions. Une piste qui se promet d’être salvatrice, pendant environ un chapitre, puisque l’égoïsme de l’amour reprend ses droits dès les pages suivantes. Comme quoi.

 

La technique narrative est loin d’être surprenante. Roman  à deux voix, classique mais agréable, un dédoublement de Mazetti permettant de surprendre les quelques facettes contradictoires de ces aimants perdus. Ce qui bloque n’est pas l’histoire en elle-même, l’habitude que nous prenons de lire, ou plutôt de se laisser lire, des histoires sentimentales n’est plus à prouver ; c’est plutôt la trivialité qui transparaissait déjà dans le titre, ce « mec » qui ponctue chacune des pensées. Non pas que les monologues intérieurs, réels comme fictionnels, se doivent d’être épurés ou châtiés au dernier degré, mais le prosaïsme qui en émane souvent, prosaïsme feint car totalement calculé, sonne faux ; donnant par la même au ton qui aurait pu apparaît comme gentiment oral une dimension pesante et exubérante. Dommage, en quelque sorte, pour Mazetti, qui redore sans le vouloir le blason d’une Gavalda trop souvent accusée de légèreté dans son écriture. Légèreté simple qui a son charme, indubitablement, comparée aux poncifs du Mec de la tombe d’à côté.

 

Un voyeurisme latent

 

On aime prévoir ou décevoir les réactions des personnages, ne pas comprendre parfois. Cependant on s’agace vite de tribulations quotidiennes, mais surtout de ce choc des cultures bien trop mis en avant. Les caractères extrêmes de deux entités dépassent trop du cadre pour être vraisemblables ; la scène de l’opéra trop grotesque pour être réellement risible. L’ « humour décapant » qu’on nous promet en quatrième de couverture ne semble pas vraiment éclore ni nous écorcher.  Alors oui, un livre tout en décalage, dont on ne sort pas vraiment ému, mais plutôt dérangé. Un roman de l’inachevé, dans sa forme, comme dans sa fin. A lire par simple curiosité.

 

Extrait (Chapitre 27) « Il m’arrive d’essayer vos vies, un peu comme quand on essaie des vêtements dans une boutique. Des habits qu’en fait on n’a pas du tout l’intention d’acheter, mais on a envie de se voir avec quelque chose de nouveau sur le dos ! Je m’installe sur le balcon et je pense que je suis toi, sur ton balcon, un jour de printemps, dans ta vieille doudoune et le bonnet avec les champignons, et je grignote ces Finn Crisp que tu achètes tout le temps. Je ferme les yeux et je sens que mes cheveux sont fins et blonds et que je n’ai qu’un peu plus de trente ans. »

 

A retenir : Le livre est actuellement adapté au théâtre par le metteur en scène Panchika Velez et les deux rôles principaux joués par Sophie Broustal et Marc Fayet, au théâtre des Bouffes à Paris. (IIe) 

 

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