La Reine Claude - Claire Castillon (2002)

Publié le par hendiadyn

CC.jpg« D’ailleurs ton parfum ne virerait-il pas, si sous ta peau, vraiment, ça s’éteignait ? » (extrait)


Titre et couverture trompeurs. La reine Claude n’est pas une femme, ni quelques explosion fruitée ; c’est la tumeur, l’héroïne du roman, celle qui va tuer doucement mais sûrement l’homme aimé. Un amour décalé, entre une jeune femme de vingt-six ans et un présentateur de JT quinquagénaire, trop absorbé par sa célébrité pour songer à vivre.  L’ouvrage s’étale sur les quelques jours paralysés d’un dialogue à un futur absent. La Reine Claude n’est décidément pas un roman du présent, à cause de l’idée même d’échéance. Le temps roi est le futur – plus impitoyable qu’un conditionnel parfois salvateur – qui donne lieu à toute une série d’extravagances, de fantasmes, de souvenirs à créer, juste pour conjurer la douleur. L’intrigue tient sur ce combat de prémonitions et la culpabilité croissante du narrateur, oscillant entre deux excès qui équilibrent le roman sans rien lui retirer de sa noirceur : d’un côté la justesse des mots sur une histoire passionnelle, et de l’autre leur cruauté même, allant jusqu’au trivial, pour définir ce qui l’étouffe. Même si l’on préfèrera Castillon dans ses nouvelles, plus courtes et plus tranchantes que ce monologue parfois long dans sa mélancolie, il reste un élixir de douleur concentré, s’avalant dans un souffle. A éviter les soirs de pluie…

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