La liste de mes envies - Grégoire Delacourt (2011)

Publié le par hendiadyn

la-liste-de-mes-envies"Ca va aller je te dis, en plus j'ai mes règles, c'est pour ça que j'ai chaud. Règles. Le mot magique. Qui éloigne la plupart des hommes. Je te réchauffe quelque chose, proposa t-il en ouvrant le frigo, à moins que tu veuilles commander une pizza. Je souris. Mon Jo. Mon doux. On pourrait peut-être manger dehors, pour une fois. Il sourit, attrapa une Tourtel. Je mets une veste, ma belle, et je suis ton homme. Nous dînâmes au vietnamien à deux rues de la maison."

 

"Dans les mois qui suivirent mon retour de cure à Nice au centre Sainte Geneviève, nos désirs s'étaient enfuis. Jo les avait remplacés par la brutalité. Il aimait à me prendre vite, il me faisait mal, il me sodomisait à chaque fois ; je détestais ça, mordais mes lèvres au sang pour ne pas hurler ma douleur ; mais Jo n'écoutait que son plaisir et sa semence éjaculée, il se retirait vivement de mon cul, remontait son pantalon et disparaissait dans la maison ou au jardin, avec une bière sans alcool."

 

Etant restée neutre quant à la polémique entourant cet ouvrage décidément très commenté, j’ai fini par ouvrir La liste de mes envies, best-seller, paraît-il, de l’été 2012.

 

Dès les premières pages, deux choses frappent la lecture : premièrement, la simplicité, presque effarante, de toutes les phrases. Pour une intrigue mettant en scène une mercière, l’on était en droit de s’attendre à une syntaxe subtilement brodée et non pas grossièrement juxtaposée. Deuxièmement, les répétitions constantes de plusieurs propositions, peut-être volontairement, mais introduisant à la lecture un effet de lourdeur sans précédent (notamment l’accumulation des fantasmes de l’héroïne sur les acteurs célèbres, ou des vœux matériels de son mari) On aurait souhaité des leitmotiv (si tel était l’envie de l’auteur) plus légers.

 

En plus de cette éternelle valse de sujets, verbes et compléments, sans tournis ni changements de rythme qui dynamiseraient le récit et en gommerait les aspects bien souvent fades, ce sont les erreurs de concordances de temps qui écorchent et heurtent la fluidité de la lecture. Tentative de donner de la profondeur au récit, ou rétrospection manquée ? Quoiqu’il en soit, les quelques passés simple perdus dans le système de temps du discours, dans un livre raconté sur le ton du monologue et du souvenir, c'est-à-dire essentiellement au présent et au passé composé, font fortement grincer des dents.

 

Qu’en est-il de l’intrigue ? L’histoire de Jocelyne, mercière d’Arras, mariée à Jocelyn, deux enfants, un blog, mille cent visites par jour,  deux amies jumelles et coiffeuses, une vingtaine de kilos en trop, mais la certitude d’un bonheur à venir. Puis un jour, un ticket à la loterie, un seul, et dix-huit millions qui l’attendent à Paris. Cela ressemble drôlement à un roman de plage, vu de loin. L’ennui, c’est qu’une fois lancée, alors que l’on s’attend légitimement à un développement plus littéraire et réfléchi sur le sujet, l’intrigue ne se creuse pas, et surtout, ne fait que stagner. Les chapitres s’enchaînent et suivent les pensées de Jocelyne, retranscrivent ses listes (au nombre de trois, peu engageantes, de surcroît) et ses doutes constants sur le chèque qu’elle n’encaissera jamais, au point que la technique narrative exclut toute possibilité d’identification, et provoque plutôt l’agacement que l’empathie.

 

Enfin, il aurait été préférable que l’auteur cache un peu mieux une structure narrative très vacillante et rende ses ficelles moins visibles dans la narration. Le vol du chèque divin résulte en effet d’une pirouette de taille : la similitude des prénoms du couple. Ce détail, ajouté à la chance merveilleuse du ticket gagnant, fait beaucoup trop de hasards pour une histoire qui se veut accessible et à la portée de tous. (« Il y avait une chance sur des millions pour que j’épouse un Jocelyn et il a fallu que ce soit moi. Jocelyn et Jocelyne. Martin et Martine. Louis et Louise. Laurent et Laurence. Raphaël et Raphaëlle. Paul et Paule. Michel, Michèle. Une chance sur des millions. Et c’est tombé sur moi. » (p18)) Ajouté à une trivialité ponctuelle (voire à une vulgarité gratuite, dans certains cas, qui contrebalance les pensées souvent naïves de l’héroïne) tout ceci aboutit à un bien étrange mélange, qui certes se lit très vite, mais pas parce qu’il tient en haleine.

 

La fin du livre bascule subitement du côté du fuyard, devient une succession d’achats, de prix, avec l’impression d’une morale sous-jacente permanente. Si l’argent ne fait pas le bonheur (et l’auteur nous le fait bien comprendre tout au long du roman, jusqu’à l’obsession) l’édition ne fait pas le talent, apparemment. Le dénouement heureux est flou, rapide, et se veut presque idyllique pour un retournement de situation si tragique à l’initiale, qu’il en devient peu crédible. Ce ne sont pas les références (peu justifiées) à Belle du Seigneur, ou plus rarement, à Sagan, qui sauveront le lecteur de l’ennui. Sur la plage, donc, à choisir, les magazines féminins présenteront une bien meilleure distraction que ce roman.

Commenter cet article

Dominique 14/11/2012 09:00

paru en livre audio je l'ai emprunté et écouté, je dois dire que c'est quand même un peu faible, à l'audition ça passe mais je pense que la lecture elle est un peu légère ce qui semble être ton
avis

vhs 25/09/2012 17:46

Oh, j'avais bien aimé pourtant... Pour cette rentrée littéraire, je n'ai pas eu de coup de coeur, un petit conseil?

hendiadyn 27/09/2012 16:36



Je n'ai pas eu de vrai coup de coeur non plus (pas de livre que je vais relire encore et encore ces prochaines années ...) je cherche encore et quand je trouve, je poste ;) Merci d'être passée :D



Simon 05/08/2012 13:22

Ça devient difficile de trouver de bons livres à chaque "rentrée littéraire". Le mieux reste encore de se fier aux conseils de ceux dont on estime le jugement : je ne lirai donc pas ce livre (il me
tentait déjà pas tellement à la base...).

hendiadyn 06/08/2012 15:48



Merci Simon ! Je suis sûre qu'il y aura quand même des bonnes surprises, il "suffira" de tomber dessus sans trop se fier aux coups marketings.



Ys 04/08/2012 23:34

Tout ça m'étonne à peine. Je ne lirai pas ce livre, c'est certain.

hendiadyn 05/08/2012 12:50



J'attends la rentrée 2012 avec impatience pour avoir plus large choix ...



-Perrine- 04/08/2012 21:03

Oups ! Mauvaise pioche donc...désolée pour toi...en tout cas, ça me permet de ne pas faire la même erreur...:/ j'espère que ta prochaine lecture sera plus enthousiasmante..

hendiadyn 05/08/2012 12:49



Comme quoi les buzz font rarement des lectures agréables, finalement ! Je ne m'en fais pas, il y a toujours mieux ailleurs :)