La Délicatesse - David Foenkinos (2009)

Publié le par hendiadyn

portrait foenkinos

"Alors oui, c'est vrai que tout était lourd avec elle, que son statut de veuve compliquait beaucoup de choses. Il songea qu'il aurait eu plus de chance de la séduire un jour si François n'était pas mort. En se tuant, il avait figé leur amour. Il les avait propulsés dans une éternité fixe. Comment ravir quoi que ce soit chez une femme dans ces conditions ? Une femme qui vit dans un monde arrêté ? Vraiment, c'était à se demander s'il n'avait pas fait exprès de se tuer, pour prolonger éternellement leur amour. Certains pensent bien que la passion a forcément une fin tragique."

 

Si l’on pense au début suivre le couple heureux, amoureux, épanoui de Nathalie et François, puisque le roman commence par leur rencontre, on se trompe plutôt lourdement. En effet, a-t-on déjà vu un ouvrage débuter par la fin, à savoir l’heureux dénouement ? Le côté romanesque de la première approche, les premiers émois, le mariage, les projets. Tout ceci se déroule sous nos yeux en moins de temps qu’il faut pour le lire, tout au plus une trentaine de pages où les jours s’écoulent, dans le meilleur des mondes possibles pour le couple. A ce stade, une histoire très agréable à découvrir et à se faire conter par le style très simple mais efficace de Foenkinos, qui a le mérite d’agrémenter ses pages-miroirs d’une pointe d’humour et d’originalité, à savoir les notes de bas de pages, venant non de l’éditeur, mais de lui-même, précisant des choses incongrues, des horoscopes, des prévisions ou tout simplement de petits détails qui font le charme du personnage découvert à travers ses marges.


Ainsi, il est difficile de croire qu’au bout de ces trente premières pages, une histoire, une intrigue, pourra naître ; cependant d’un simple trait de plume, François est victime d’un accident et laisse Nathalie dans une profonde mélancolie, après sept années de bonheur, décrites le temps d’une ellipse littéraire. Après la concentration de l’auteur et de son lecteur sur ce couple si fusionnel, la vie de Nathalie, seule, est observée d’un œil omniscient, tendre et attentionné de son auteur, faisant du lecteur un témoin privilégié de l’histoire. Car c’est bien le quotidien qui s’épuise au fil des jours, des nouvelles tentatives de l’héroïne pour aimer (ou ne pas aimer, justement) à nouveau. A travers Charles, puis Markus, cette veuve plus que sincère ne parvenant plus à se cerner entièrement réapprend peu à peu le goût des choses et des jours qui passent, sans culpabilité aucune. Un regret cependant : la disparition de François au fil des pages, mais l’on peut imaginer que la vie est ainsi … Les personnages perdent parfois en profondeur avec ce temps du récit, trop peu marqué malheureusement.


Ce qu’on pourrait reprocher à la Délicatesse, finalement ? Cette pudeur de l’ellipse, ce côté « c’est ainsi » qui transforme parfois les évènements en simples faits divers, provoquant parfois une légère frustration par manque de détails sur des points néanmoins cruciaux comme la mort de François ou un dîner important. Ces instants sont parfois esquissés, simplement, en une seule phrase qui n’a de cesse de se dérober et n’en dit pas assez, juste l’essentiel, et c’est bien trop peu. Autre point : cette intrigue si … délicate (osons !) qu’elle s’efface parfois sous la plume qui semble avancer sans autre but. La fin ne semble pas être une clôture mais un renouveau, si bien qu’il est difficile de croire que ce roman a vraiment débuté un jour.


Il est assez compréhensible que ce roman soit un succès, son écriture fluide, ses traits d’humour pétillants, parfois jusqu'à l'absurde, et ses personnages bien proches du réel en font un roman d’été à lire sans complexe et sans migraine à la clé, le rapprochant d'autres auteurs en vogue. Un livre à acheter pour la détente de l'esprit, mais pas du coeur. Tout simplement.

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Sébastien 12/04/2012 13:36

Ok ! Alors à bientôt !

Sébastien 11/04/2012 11:04

Heureux du retour, mais on ne peut pas commenter tes nouveaux articles. Oubli ou nouvelle politique ?

hendiadyn 11/04/2012 23:10



Merci beaucoup pour l'accueil et la remarque! Oubli, j'avais décoché machinalement pour l'article du retour qui ne méritait pas franchement de commentaires, et l'option est restée. Je corrige
tout de suite, le droit de réponse est inaliénable !



-Perrine- 14/01/2012 20:15

J'ai vu le film récemment, très bien ! L'as-tu vu ?
Cela fait longtemps que l'on ne t'a pas croisée par ici, j'espère que tu vas bien ;).

IwannadielikeProust 14/09/2011 23:34


Beaucoup beaucoup beaucoup entendu parler. Je ne sais pas si je vais m'y risquer. J'ai peur de m'ennuyer avec cette pudeur trop présente.


Sébastien Almira 06/09/2011 11:26


J'ai bien aimé ce roman. Ce n'est pas un chef d'oeuvre, loin de là, mais c'est frais, pétillant, drôle et agréable à lire.
Peut-être me laisserais-je tenter parf son nouveau : Les souvenirs.
En tout cas, j'en profite pour vous laisser le lien de mon article (non ! pas pour que tu le mettes en lien, Perrine ^^) : http://culturez-vous.over-blog.com/article-33999426.html


hendiadyn 07/09/2011 16:57



Voilà, c'est très bien résumé ; Evene démonte complètement le roman mais bon. Il plaît, c'est le principal ;)