Fifty Shades Of Grey (Cinquante Nuances de Grey) - E.L. James

Publié le par hendiadyn

 

a10d959c-17b0-11e2-a5df-bdfc3a9826c4-222x350.jpgPour faire court : Anastasia Steele est une jeune femme crédule, étudiante en lettres, qui rêve d’être éditrice. Un jour, et par un mauvais concours de circonstances, elle rencontre Christian Grey, grand chef d’entreprise au regard fascinant et aux sombres secrets enfouis. Oui, c’est un phénomène. Oui, c’est érotique. Oui, ça parle d’une jeune fille innocente qui va se faire initier sauvagement aux pratiques du sadomasochisme moderne par un chef d’entreprise aussi charmeur que ténébreux. Oui, c’est ce qu’on nous raconte dans toutes les critiques de presse.

 

Mais non, ce n’est pas :

 

… pornographique. L’on m’avait soufflé que la ménagère de quarante ans, du haut de son aspirateur, de ses doubles journées, une fois les enfants couchés et le mari repu devant le Super-Bowl (soyons actuels) courrait s’enfermer dans sa salle de bain ou dans son boudoir personnel pour dévorer des yeux et des doigts les pages brûlantes de Fifty Shades toute la nuit, et qu’au petit matin, la rosée sur ses joues ne venait pas de la fraîcheur de l’aube. Vaguement intriguée par un concept sensuel qui semblait si irrésistible, je n’ai pas trouvé que les scènes les plus chaudes soit les plus choquantes. Le sado-masochisme est surtout décrit dans une présentation de la « salle de jeux » de Christian Grey, il s’amuse à montrer quelques fouets ou à distribuer par deux fois des fessées, mais rien qui engage les menottes, les pince-tétons ou autres engins du diable contenant du métal en fusion ou de la cire brûlante durant cette lecture finalement plutôt chaste si l’on s’attendait à croiser les jambes toutes les dix pages. Il y a pire, donc osez.

 

… hautement cynisme et masochiste. Pour un masochiste qui aime faire souffrir ses conquêtes, Christian Grey ferait bien d’aller prendre quelques cours dans la compagnie Merteuil et Valmont, les maîtres en la matière. Ce jeune trentenaire, orphelin, élevé sexuellement par une femme plus mature que lui, lui ayant révélé les mystères et la magie de la relation entre dominant et soumise et l’aurait rendu plus glacial que le cercle Arctique lui-même … A-t-on déjà vu un tel insensible (soi-disant) envoyer plus de vingt messages par jour à sa soumise, et lui offrir plus de 200 000 euros de cadeaux de luxe sans qu’elle ait rien demandé ? Un dominant qui semble, en somme, plus romantique que masochisme, car même à l’aide de sous entendu, il ne mâche pas ses mots d’amour et finit même par se laisser aller à la tendresse du « sexe-vanille » .

 

… littéraire. Il ne faut pas se voiler la face. En plus d’être une traduction, l’écriture de Fifty Shades n’a rien d’un classique de nos chers auteurs français ou anglais. A la décharge de l’ouvrage, évidemment, une trop grande tendance à la répétition de mots-clés qui vont résonner tout au long des chapitres tels des fers de lance : « promesses mystérieuses »  « passe-temps dangereux »  « érection fabuleuse »  « sensations inconnues »   « excitation maximale »  « jusque … là. »  doivent représenter environ 30 % de la faune lexicale du roman. Le livre se lit d'autant fois plus vite qu'il ne contient pas de phrases très réfléchies, mais plutôt tournées vers l'action. De plus, on observe une utilisation très libre du monologue intérieur, subtilement intercalé entre deux phrases qui n’ont rien à voir, avec un caractère italiques pour que l’on comprenne bien que ce « Oh, ça y est, je mouille. » ne va absolument pas avec la conversation universitaire élogieuse sur Tess d’Uberville qu’elle est en train d’avoir avec son amie. Non, étudier les lettres anglaises ne suffira pas pour sauver le roman, navrée.

 

… addictif. Certes, certes, comme je le précisais dans le point précédent, le manque de phrases complexes a pour effet instantané que les pages défilent assez rapidement, mais non pour une question d’addiction. Pourquoi ? Parce que nous savons bien précisément ce qui va arriver dans les vingt prochaines pages, ce qui se résumera à :  1. échange de mails coquins voire promesse de punitions / 2.  retrouvailles, sexe de scène et punitions / 3. départ de l’un ou de l’autre pour des destinations ou des rencontres inutiles au scénarios, et retour à l’étape d’échange de mails (si l’un des deux n’a pas la bonne idée de s’incruster dans la vie de l’autre sans y être invité, pour reprendre directement à l’étape « scène de sexe » Précisons que l’éditeur, sur le premier tome de la trilogie, se fend d’un résumé complet des deux suites déjà parues. De quoi massacrer le suspens (si peu qu’il y en ait) sans scrupules.

 

… crédible. Non mais sans rire, un homme de trente ans qui possède la moitié de la fortune des Etats Unis, qui peut offrir des voyages en hélicoptères, des voitures de collections et des appartements à tour de bras, mais surtout qui peut recommencer ses ébats à cinq minutes d’intervalles à chaque fois, sans perdre de sa puissance ni de sa vigueur, tout cela avec la plus belle mâchoire du monde placée à quelques millimètres de vous ? Présentez-le moi donc, ce jeune homme. Quant à Ana, dont le caractère change de face aussi vite que la position dans laquelle Christian la tourne, il serait temps, dans le second tome, qu’elle devienne femme et cesse d’accepter des cadeaux à 14 000 dollars innocemment, sans songer qu’en retour elle sera sûrement fouettée dans une cage en titane. Bref, ces jeunes personnes ont encore deux tomes pour apprendre les secrets d’une véritable relation, ou pour s’enfoncer véritablement dans le plus sombre des gouffres des désirs interdits.

 

Cet épisode était plutôt chaste à mon goût – même si je ne suis pas certaine de lire les autres, en connaissant déjà plus ou moins la structure. N’y cherchez aucune grande émotion ni découverte littéraire, juste une détente quelque peu particulière, dont la longueur peut finir par laisser. Peut-être un film à voir, très bientôt ? A vous de juger.

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Sébastien 07/02/2013 11:08

Ha Ha ! Tu m'as bien fait rire ! Ton style sied à merveille à cette critique !