Extrait - Claire Castillon, les Cris. Page 52.

Publié le par hendiadyn

« Je ne suis pas la seule hors de moi.

    Réagir. Ne pas ressentir la moindre affinité avec le désespoir des autres. Me défaire de toute familiarité avec l’espèce adverse, celle qui souffre. Me défaire d’Adam, s’il en reste un fragment, balayer sa poussière. Laisser le monstre textuel se servir librement, lui ouvrir le monde, être son instrument, son véhicule, sa langue. Et pendant qu’il travaille, pendant qu’il brode, toucher, goûter et respirer. Ne pas le craindre, l’apprivoiser. Et pendant qu’il relative, lui offrir une enveloppe raffinée, une coquille lisse, souple, afin qu’il puisse exulter au-dedans, utiliser, dévaster, reconstruire, sans jamais fissurer ma façade. Je tiens à garder l’apparence de la sérénité. Les choses glissent sur moi, les évènements n’ont pas d’emprise.

 

Adam n’a jamais existé.

    Il n’y a pas de rupture.

    D’ailleurs, quand vous refermerez le livre, j’oublierai tout. »

 

 

Retrouvez la critique de l'ouvrage de Claire Castillon ici.

 

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Publié dans Extraits d'oeuvres

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