Eden matin midi et soir - Chloé Delaume (2008)

Publié le par hendiadyn

book_cover_eden_matin_midi_et_soir_7986_250_400.jpgMonologue torturé écrit pour une scène de théâtre, Chloé Delaume ouvre en cinquante pages les abîmes d’un cœur.

 

Nous sommes dans la tête d’Adèle, lors de son huitième séjour en psychiatrie pour tentative de suicide. Comment ? Peu importe, elle n’habite plus le corps qui la soutient, et se contente de chercher à faire taire les voix qui l’emprisonnent – ces mêmes voix qui entravent le monologue en changeant les pronoms, s’écorchant les unes les autres, sans relâche. Pourtant tout reste clair. En attendant le psychiatre qui lui proposera sûrement un paradis factice en comprimés, l’ancienne étudiante en Lettres décortique et analyse ce qui la ronge avec finesse, symptôme par symptôme : à savoir une maladie qu’elle invente, la thanatopathie ; une pulsion de mort intense et infinie. Incurable et incompréhensible pour ses proches. Malgré cela, Adèle garde un humour sarcastique, insolent, qui déjoue la mort tout en la magnifiant, dans une conversation avec elle-même étonnamment lucide, cousue de définitions du Robert et de statistiques prouvées, agrémentée d’envolées acides et d’accents littéraires élégants. Un livre très court, mais suffisant, et surtout doté d’une écriture qui le place dans la lignée des romans dont on se souvient. En somme, une mélancolie dense et funeste, déconseillée aux âmes sensibles, mais avant tout bouleversante à vivre.

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