Douze mois, quelques éternités. (bilan)

Publié le par hendiadyn

Il y a une scénographie de l'attente: je l'organise, je la manipule, je découpe un morceau de temps où je vais mimer la perte de l'objet aimé et provoquer tous les effets d'un petit deuil. Cela se joue donc comme une pièce de théâtre.


La suspension du temps prend fin.


D’un geste, je romps l’époquè et me défascine durablement des dernières images qui me hantent.


Il me semble avoir donné trop de chances restées sans retours, trop de latences et d’intérêts non réciproques, l’inégalité à sa plus parfaite hauteur. Idées sans suites et dialogues sans véritables histoires. L’horizon est maintenant trop lointain pour que mes pupilles puissent s’y fixer durablement. On l’aura sûrement volé une nuit d’hiver. Attendre et retenir le mouvement de l’univers, faire des vœux sans parole ni syllabes n’est plus une volonté qui m’obsède. Je marcherai donc jusqu’à ce que l’on me rattrape. Il ne s’agit pas d’une fuite, ni d’un autre chemin : je n’accepterai seulement plus de me perdre sans une excellente raison. Il faut enfin que le temps s’égrène. Que les souvenirs s’estompent. Que les envies se fanent, ou persistent ; toutefois avec une once de mélancolie. Rompre le deuil de ce qui aurait pu avoir lieu.


Ecrire sur ces pages éphémères durant un an n’aura pas été simple, ni régulier. Cependant Hendiadyn n’a jamais été source de déception durant ces longs mois un peu complexes. Après de longues hésitations sur l’avenir proche et plus lointain, je n’abandonnerai donc pas la littérature ni la critique, et prends donc la décision finale de continuer les chroniques et divers articles de manière dont ont été rédigés les derniers en date, en me concentrant sur les ouvrages contemporains ou encore les chefs d’œuvres partiellement oubliés, uniquement sur ce blog ou sur d'autres supports littéraires.  Un projet concernant Théophile Gautier est en train de naître, ainsi qu’un recueil de nouvelles.


Je remercie de tout coeur tous ceux et celles qui me suivent depuis un an, dans l’ombre ou la lumière, et je vous souhaite le bonheur littéraire, sinon réel.


Un mandarin était amoureux d'une courtisane. « Je serai à vous, dit-elle, lorsque vous aurez passé cent nuits à m'attendre assis sur un tabouret, dans mon jardin, sous ma fenêtre. » Mais, à la quatre-vingt-dix-neuvième nuit, le mandarin se leva, prit son tabouret sous son bras et s'en alla.


Ainsi vint la dernière nuit.

 

(Texte complet pour les citations en italique : "L'attente" in Fragments d'un Discours Amoureux, R. Barthes.)

 

 

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