Dévorer. (4 ouvrages sur l'anorexie)

Publié le par hendiadyn

A l’heure des centaines d’articles sur les régimes estivaux, il est de bon ton me semble t-il de rappeler combien la dictature de l’apparence fait des ravages, aujourd’hui plus que jamais. Voici une sélection de quatre ouvrages traitant du sujet délicat de l’anorexie mentale, hiérarchisé selon leur degré de fiction. Il convient cependant de préciser que l’anorexie ne vient pas toujours des modèles « parfaits » que certaines jeunes femmes (ou jeunes hommes, on l’oublie toujours trop) cherchent à atteindre, mais également d’un profond mal être, d’un sentiment de perte de contrôle de l’existence qui ne peut se retrouver que par la dictature exercée sur le poids. Très peu d’ouvrages traitent de ce problème, en voici quelques uns.

9782226153944  Biographie de la faim, Amélie Nothomb
Cet ouvrage, le 13e de la romancière belge d’origine et japonaise d’adoption, raconte sous forme d’avance rapide son enfance et son adolescence, ballottée entre les pays où son père officie pour l’ONU. Du Japon natal au Bangladesh en passant par le faste de New-York, Amélie Nothomb revient sur les faims qui ont marqué sa vie : celle des livres (en particulier des contes) celle de la divinité mais aussi celle de l’amour. La période anorexique d’Amélie Nothomb survient à ses treize ans et demi (vers la page 200 de la première édition, pour celles qui aimeraient directement s’y rendre) et n’est décrite que très partiellement jusqu’à sa sortie de la maladie.

0790e738    Thornitorynx, Camille de Peretti
D’inspiration largement autobiographique, Camille de Peretti raconte en un court monologue sa descente aux enfers malgré une vie qui semblait hors de toute atteinte. Issue d’une famille aisée, belle, intelligente, élève de grande école, c’est pendant les fêtes étudiantes que lentement, la narratrice apprend à rejeter l’alcool de son corps, puis la nourriture. Elle pousse l’obsession du vomissement jusqu’à le rendre systématique, à tout endroit, à tout moment.

 

 

 

jours   Jours sans faim, Delphine de Vigan
Le commencement se fait à l’aube de la mort de Laure, 19 ans, incapable de bouger, de se nourrir, de se lever. Après plusieurs coups de fil providentiels d’un médecin qui ressemble de très près à un ange gardien, elle finit par accepter une hospitalisation. A 35 kilos, Laure doit atteindre la barre des cinquante pour espérer retrouver la santé et surtout le droit de reprendre son existence. Jours sans faim est le récit d’une guérison difficile, d’un dilemme permanente entre le corps attiré par le vide et la fureur de vivre de l’esprit, souligné par un humour très habilement placé entre les lignes du journal tenu par Laure.

couv54973253    Ce matin j’ai décidé d’arrêter de manger, Justine
Enfin, le témoignage de loin le plus poignant est celui de Justine, qui a perdu jusque 36 kilos et a alterné durant plusieurs années hospitalisations d’urgence, alimentation par sonde, et périodes de rechute. D’anorexique elle devient boulimique, perd tous ses repères et doit être déscolarisée. Avec une terrible justesse, l’auteur décrit sa quête d’une perfection qu’elle ne pensera jamais atteindre, même au bord du gouffre. Sans les illusions de la fiction, ce témoignage est de loin le plus poignant, à lire en parallèle avec le blog de la jeune fille, toujours disponible à cette adresse mais dont la plupart des articles a été effacée.

 

 

N’hésitez pas à partager d’autres titres ou d’autres ouvrages sur cette thématique ô combien trop silencieuse dans la littérature …

Publié dans Tâches d'encre

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Simon 22/08/2012 17:31

Bon appétit, bien sûr !

-Perrine- 19/08/2012 21:02

C'est un cercle vicieux qui nous y entraîne : on commence en se disant qu'on veut mincir, puis on se découvre une volonté de fer qu'aucune sucrerie ne pourrait fléchir, on continue, on se teste, et
on plonge dans l'anorexie. Après, c'est très difficile d'en sortir, on s'est construit de telles barrières psychologiques qu'elles en deviennent infranchissables. Bref, le projet initial à trop
bien fonctionné. C'est une maladie, et on y arrive de chemins multiples. Celui ci est beaucoup moins tragique que l'explication du mal être...

hendiadyn 27/08/2012 21:32



Mal être un peu trop d'actualité malheureusement. Il n'y a qu'à s'arrêter un instant et observer les filles dans la rue ...