Bel Ami - Laissons le XIXe en paix.

Publié le par hendiadyn

 Un petit encart dans mes chroniques habituelles pour écrire sur un film qui promettait d’alimenter fortement la polémique en mêlant notre pauvre Guy de  Maupassant à un nuancier d’acteurs (Uma Thurman, Christina Ricci, Kristin Scott Thomas et bien entendu le fameux Robert Pattinson qui ferait un peu plus fantasmer s’il lui arrivait de se coiffer parfois) Voici qui est fait : non seulement le film n’a pas été projeté au cinéma (du moins pas de façon nationale) mais on déplore le massacre de l’intrigue originale.


Ce fut donc une occasion de redécouvrir le classique et surtout, de l’apprécier au mieux. En effet, sans aller jusqu’à dire que l’histoire de Maupassant est un chef d’œuvre, elle aurait cependant mérité bien plus d’égards dans cette adaptation moderne.


Si Bel Ami raconte dans sa version originale l’histoire du jeune Georges Duroy, pauvre employé des chemins de fer, fils de paysan mais aussi intelligent qu’insensible, il entrelace également quatre histoires d’amour étonnamment différentes et complexes, maniées à la perfection par le jeune arriviste. Tout d’abord épris de Clotilde de Marelle, puis marié à la femme de son ancien ami, Charles Forestier, il entretient également une relation tumultueuse avec Virginie Walter, femme du directeur de la Vie Française, journal dans lequel il se fait embaucher en début de roman. De ces histoires d’amour n’en subsiste véritablement qu’une seule tout au long du roman, qui mêle intrigues coloniales (conquête du Maroc et souvenirs d’Algérie) et économies souterraines visant à remplir la bourse de Duroy, constamment en quête d’une vie fastueuse et de reconnaissance.  Si tout ce monde du XIXe siècle est habilement manié par son auteur qui semble habiter chaque conscience, chaque décor et chaque parole, il est loin d’en être de même pour l’adaptation cinématographique.


L’idée, évidemment, de faire tourner un classique français par un réalisateur anglophone est une terrible erreur : a-t-on idée de prononcer « Bel Ami » à l’anglaise ? Le côté désuet et quelque peu suranné pouvait encore séduire inséré dans son contexte littéraire et social, mais il perd tout son charme passé dans la langue de Shakespeare. A-t-on idée de changer les noms originaux aussi ? Pourquoi faire des Walter les « Rousset » ? Plus français ? Sans plaider la cause des œuvres françaises adaptées par les français (je ne cautionne pas non plus les adaptations de l’été « Chez Maupassant » sur Fr2 qui sont d’une lenteur terrible, merci bien) j’imagine que le ridicule finit tout de même par l’emporter quand l’on entend « Canteleu » prononcé par R. Pattinson.


L’on présente la bande annonce avec un doux parfum de scandale, de quoi attirer à la fois les jeunes admiratrices du jeune éphèbe (qu’on voit à peine nu dans le noir en début de film, déception, mes enfants) mais également les optimistes pensant que la moralité douteuse de l’histoire serait surexploitée (j’entends par là, scènes érotiques dans les églises, orgies aux Folies Bergères, cache-cache dans les appartements, etc, etc) Calmez donc vos ardeurs, il n’y a quasiment rien à voir.


La personnalité de Duroy est également nettement abaissée à un euphémisme déplorable tout au long du film ; ses ressentis, bien plus contradictoires et écartelés dans le roman, semblent guidés par des instincts financiers, charnels et politiques très définis et sans faille. Nous passerons également sur le nombre de scènes essentielles coupées dans la trame (sans rire, comment font les gens pour comprendre s’ils ne connaissent pas le livre ?)


Du côté de Maupassant, restent de magnifiques pages sur le désir, sa naissance, le manque et l’engouement du jeune Duroy pour les plaisirs charnels, absolument irremplaçables par des images. Les atmosphères ne parviennent aucunement à être reproduites et il est difficile de terminer le film sans un soupir d’agacement. Mieux vaut passer quelques heures à imaginer qu’à se laisser dompter par une vision trop partielle de cette histoire plus étriquée qu’il n’y paraît.


Soyons positifs sur une chose du moins, les costumes ne sont pas si mauvais. Et dans ce cas, les photos suffiront.

 

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Publié dans Tâches d'encre

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-Perrine- 15/07/2012 21:57

Décidément, il faudra passer à côté de ce film que l'on pouvait, a bien des égards, retenir pour une séance prochaine... Après tout, on pouvait s'attendre à une catastrophe dans le genre :
adaptation américaine d'un classique français, acteur à la mode mais qui,en tout cas pour moi, ne colle pas trop à l'image qu'on pourrait se faire d'un héros de Maupassant... Je n'ai pas lu le
roman, pas vu le film, tout à fait étrangère à l'histoire donc. Un classique qu'il faudra que je lise un de ces jours, un film que je ne verrai jamais ;)