38 mini westerns (avec des fantômes) - Mathias Malzieu (2008)

Publié le par hendiadyn

38-mini-westerns« Elle était née d’un roulis de nacre. Quelque part dans ce monde, une mer craquelante et lumineuse déferle tout en nacre et, de ces remous, s’échappe de temps  autre ce que l’on appelle une « fée-lustre ». Toutes de nacre et de sucre mêlés, elles ne sont que va-et-vient de cliquetis et craquements de coquillages en cascade. En plus, elles sourient tout le temps. Elles sont très recherchées, on les assassine pour les vendre dans les hôtels de luxe. Là, on les vide de leur sang, puis on remplace leurs veines par des fils électriques. Ensuite, on les pend au plafond, on branche le courant et on obtient de très beaux lustres. » (p.5, éditions j’ai Lu, coffret collector)

 

Pour les amateurs de l’univers de Mathias Malzieu, ces petites histoires ressemblent à un vieil album de photographies, du genre de celui qu’on ressort à chaque lendemain de fêtes, et avec lequel les commentaires les plus absurdes et les anecdotes les plus croustillantes vont bon train. C’est en quelque sorte l’effet que procure ce petit ouvrage illustré par des polaroïds ou des créations étranges en papier mâché : à la fois illustrations et pièces rapportées de cette galerie de portraits ou de véritables cabinets de curiosité.

 

Les histoires de fantômes de Mathias Malzieu ne font jamais plus de quatre pages et maintiennent dans un état étrange : celui qu’il décrit lui-même dans l’épisode des aurores boréales, celui où l’on est coincé entre rêve et réalité, sur un continent inconnu, avec aucune possibilité de retour direct. En effet, les anecdotes sont à la fois si bizarres et si tentantes qu’il est difficile de ne pas les terminer en une seule fois. Ainsi, le lecteur fait la connaissance, mi-amusée mi-mélancolique, des fantômes du passé du petit garçon amoureux au bracelet d’argent, des fées-lustres enfermées dans tous les magasins de cristal, des écureuils écœurés par le goût de noisette des créatures magiques et de bien d’autres bizarreries qui prennent peu à peu racine dans l’esprit pour remplacer le sérieux des dernières lectures.

 

Car Malzieu a ce talent qu’on peut qualifier d’incroyable : il parvient à donner une épaisseur très surréaliste à tout texte qu’il entreprend. Fasciné par les senteurs et les goûts (la meringue, la pâte d’amande, la cannelle, le chocolat) son écriture imite à la perfection la gourmandise ressentie à chaque baiser de fée ou à chaque aventure épique, entre ciel et terre, songes et réalité. Ses obsessions s’exhibent mais se retrouvent avec le sourire : le Coca, les Kinder Surprise, le longboard et la tentation de la chute entre les nuages. Seul bémol parfois observé : l’oralisation et le côté relâché de la langue, mais il s’agit d’un détail pouvant ajouter au charme de cette écriture inédite … 


Je conseille donc vivement ce petit morceau de songe à ceux qui voudraient s’échapper quelques temps de la littérature de concours et des théories : il suffit d’ouvrir le volume pour changer de monde.

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